Simhath Torah
Sim'hath Torah

Extrait de : SOUKOTH - MATERIEL DE DOCUMENTATION ET SUGGESTIONS D'ACTIVITES, édité par le Département Jeunesse et Hehaloutz de l'Organisation Sioniste Mondiale sous la direction d'Eliahou Eilon.


LA CELEBRATION ET LE SENS DE LA FETE

La deuxième journée de Shemini 'Atsereth, célébrée dans la Diaspora, possède, comme son nom l'indique, un caractère de liesse tout particulier : "Joie de la Torah". Cette célébration n'était pas connue pendant la période talmudique; elle était alors confondue avec Shemini 'Atsereth. Aujourd'hui encore, en Israël, les deux solennités ont célébrées le même jour.

Sim'hath Torah devient une fête à part entière au cours de la période gaonique (vers l'an 1000 de notre ère). C'est l'époque où la lecture de la Torah en un an prend toute son importance, contre l'idée d'un cycle tri-annuel.

"Joie de la Torah", dans l'achèvement annuel de la lecture du Rouleau sacré (Sefer) par sa dernière section des "Bénédictions inspirées à Moïse avant sa mort" (Deutéronome ch.33, 34) et dans le perpétuel recommencement du cycle avec le premier chapitre de la section de Bereshith (La Genèse) : "Au commencement Dieu avait créé le ciel et la terre", récité dans un second sefer. Ainsi, l'étude de la Torah ne saurait-elle jamais être considérée comme terminée. Les manifestations joyeuses se donnent libre cours, surtout pendant les hakafoth, lorsque, après avoir sorti de leur armoire tous les rouleaux de la Loi, on les promène en procession dans la synagogue, en chantant et dansant, suivant le glorieux exemple donné par Isaac Louria, le maître de la Kabbale au 17ème siècle.

Un cierge allumé est placé dans l'armoire vide, car "la mitsva est flambeau et la Torah lumière". Souvent on a procédé déjà la veille au soir à cette cérémonie.

Les jeunes gens se livrent à de folles sarabandes où ils entraînent leurs ainés, tandis que, de la tribune des femmes, une pluie de bonbons et de sucreries disperse la troupe des enfants brandissant des drapeaux. Dans les communautés messoratiques et réformées, les femmes et les jeunes filles participent à ces processions.

Ce n'est pas le spectacle le moins émouvant que celui de tel vieux talmid 'hakham, "l'étudiant" perpétuel en Torah, dansant avec ferveur, les yeux fermés avec son sefer; on n'aurait jamais supposé chez lui une ardeur aussi juvénile !

Tous les fidèles tiennent à monter ce jour-la à la Torah, isolément ou par groupes, tous les Cohanim avec un Cohen, tous les membres de la tribu de Levi avec un des leurs, et même, à l'appel de kol hane'arim, tous les garçons encore religieusement mineurs accompagnent un adulte qui récite pour eux ou avec eux les bénédictions de la Torah, puis celle de Jacob aux fils de Joseph.

Le fidèle à qui échoit l'honneur de la récitation des derniers versets du Pentateuque qui relatent la mort de Moïse, et celui qui recommence la lecture des premiers versets, convoqués avec solennité et abrités parfois sous le dais d'un talith tendu par quatre mains, reçoivent les titres de Hatân (fiancé de la) Torah et Hatân Bereshith.

Ce sont en général, des hommes qui se distinguent par leur savoir ou par leur pieux dévouement. L'usage veut qu'ils régalent ensuite leurs amis au cours d'un kidoush, comme pour des fiançailles véritables.

Après la haftara (la lecture du premier chapitre du Livre de Josué), on repose les rouleaux de la Torah sur l'almemor (l'autel), et la communauté entonne des cantiques : "Réjouissez-vous, jubilez dans la joie de la Torah! Nous voulons nous réjouir de cette Torah! ..."

Les Juifs sefarades ont coutume d'organiser le soir encore des processions solennelles avec les rouleaux de la Loi. En Israël, à la fin de ce jour de fête, des processions sont organisées sur les places des grandes villes, en présence de notables politiques et religieux, et tous dansent une grande partie de la nuit, au son de l'orchestre.

La joie de Sim'hath Torah s'apparente un peu à celle de Pourim. Soutenue par l'absorption exceptionnellement recommandée de boissons capiteuses, elle traduit, sous des dehors exubérants, le bonheur intime de l"âme dont la Torah sait sanctifier les passions, la fierté d'appartenir au peuple qui a accepte la charge de pratiquer, étudier et diffuser la doctrine divine, la sérénité conférée par l'absolution reçue à Kipour. Selon un dicton, la joie déployée à Sim'hath Torah est fonction de la sincérité du jeûne, de la pénitence et de la prière du Jour du Pardon.

d'après : E. Gugenheim, Le judaïsme dans la vie quotidienne, ed. Albin-Michel.


LES HAKAFOTH

La coutume la plus caractéristique de Sim'hath Torah est celle des hakafoth ("rondes"). Ce terme désigne les processions solennelles, à l'intérieur de la synagogue ou à l'extérieur, effectués sous forme de rondes.

A Sim'hath Torah, on sort tous les rouleaux de la Loi de l'Arche, et on les porte autour de la tribune centrale, en effectuant sept hakafoth. En Diaspora, la coutume hassidique est de procéder aux hakafoth également pendant l'office du soir du premier jour de Shemini Atsereth.

Bien que la coutume des hakafoth pendant Sim'hath Torah soit d'origine récente, datant à peu près du dernier tiers du 16eme siècle (dans la ville de Safed), cette pratique est bien plus ancienne. De telles processions sont mentionnées pour la première fois dans la Bible, lors de la prise de Jéricho, quand les murailles tombèrent : le peuple tourna sept jours autour de Jéricho, une fois par jour pendant sept jours, et sept fois le dernier jour.

Au cours d'un mariage traditionnel, on observe aussi la coutume des hakafoth: la fiancée tourne autour du fiancé, alors qu'on lit un passage des Prophètes qui décrit de trois façons différentes la relation d'Israël à Dieu en termes de fiançailles et de mariage idylliques :

"Je te fiance à moi à jamais. Je te fiance à moi pour la justice et le droit, par la grâce et la miséricorde. Je te fiance à moi par la fidélité, et toi, tu connaîtras le Seigneur" (Osée 2:21-22).
Par sa procession, la fiancée exprime son désir d'entourer son époux des qualités décrites par le prophète comme étant l'essence de l'accomplissement et de la durée du mariage. Les mêmes versets sont dits tous les jours de la semaine par tout homme juif lorsqu'il met les tefilîn le matin.

A Sim'hath Torah, on donne aux enfants des drapeaux décorés ou des rouleaux de la Torah miniatures, et ils participent à la procession des rouleaux dans la synagogue.

Dans les yeshivoth et les communautés où l'on trouve une majorité de jeunes, les chants et danses accompagnant les hakafoth durent de nombreuses heures. Elles se poursuivent parfois hors de la synagogue. Les corps tournoient et les pieds marquant la cadence, avec parfois une performance acrobatique exécutée par un danseur à l'intérieur du cercle, toujours accompagnes par des chants continus, composent une scène de joie extatique.

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